Qui n’a jamais soulevé sa bâche pour découvrir, médusé, que l’eau bleue de la piscine a viré au vert radioactif ? Ce scénario digne d’un film de science-fiction est pourtant le pain quotidien des propriétaires de bassins. Il existe plusieurs solutions à ce problème, et on entend souvent parler des remèdes de grand-mères. Que valent-ils vraiment ? On vous explique tout sur le sujet !
Pourquoi l’eau de votre piscine devient-elle verte ?
Une eau verte et trouble est généralement le signe que des algues ont élu domicile dans votre bassin. En cause ? Un déséquilibre entre le pH, le taux de désinfectant et une filtration insuffisante. Si le pH sort de la plage adaptée au traitement utilisé, l’action du chlore peut notamment perdre en efficacité. Les algues disposent alors de conditions beaucoup plus favorables pour proliférer.
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’agence américaine de santé publique, recommandent pour les piscines chlorées de maintenir le pH entre 7,0 et 7,8, tout en conservant un niveau de chlore suffisant pour assurer une désinfection efficace.
Mais il n’y a pas que la chimie à surveiller. Une filtration mal dimensionnée, encrassée ou qui fonctionne trop peu longtemps ne renouvelle plus correctement l’eau et élimine moins efficacement les particules en suspension. Et si on temporise trop, notamment après un oubli de traitement, un orage ou une longue absence, la situation peut vite dégénérer. Bref, chaque détail compte et l’eau verte ne surgit jamais par hasard.
Algues ou autre problème : comment distinguer les causes d’une eau verte ?

On ne traite pas toutes les eaux vertes avec la même recette. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, vert ne signifie pas systématiquement algues. Observer l’aspect de l’eau et des parois permet déjà d’éviter quelques erreurs de diagnostic :
- Eau légèrement trouble et verdâtre : un début de prolifération d’algues est probable, notamment lorsque le désinfectant est insuffisant ou que l’équilibre de l’eau s’est dégradé.
- Eau totalement opaque avec dépôts et parois glissantes : la prolifération algale est beaucoup plus importante. Il devient difficile de récupérer le bassin uniquement avec quelques ajustements.
- Eau verte mais parfaitement limpide : prudence avant d’accuser les algues. Des métaux dissous dans l’eau, notamment le cuivre ou le fer, peuvent être responsables de certaines colorations.
- Bassin laissé à l’abandon pendant une longue période : si l’eau est foncée, trouble et accompagnée de dépôts, une prolifération massive d’algues est très probable et nécessite un traitement complet.
Ce troisième cas mérite vraiment l’attention. Le spécialiste des produits d’entretien BioGuard rappelle que le fer et le cuivre présents dans l’eau peuvent provoquer des décolorations et qu’ils peuvent provenir aussi bien de l’eau de remplissage que de la corrosion d’équipements ou de certains produits de piscine. Une modification de l’équilibre de l’eau ou un traitement choc peut également rendre ces métaux plus visibles.
Pool Planet relève d’ailleurs le même phénomène : lorsqu’une eau devient verte tout en restant limpide, sans dépôt ni parois glissantes, notamment juste après un traitement choc, la présence de cuivre dissous mérite d’être vérifiée avant de multiplier les traitements anti-algues.
Cette distinction est importante. Si l’eau est verte à cause des métaux et non des algues, remettre encore davantage de chlore n’est pas nécessairement la bonne réponse. Une analyse de l’eau permettra de confirmer leur présence et d’orienter le traitement vers un produit adapté, comme un séquestrant de métaux.
Que valent les remèdes de grand-mère ?
Avant de sortir le gros arsenal, certains misent sur des astuces classiques comme le bicarbonate ou le vinaigre blanc. Mais ces solutions maison apportent parfois plus de réconfort psychologique que de résultats tangibles. Il faut être lucide : aucune astuce tirée du placard n’a jamais transformé une bouillie d’algues en lagon azur du jour au lendemain.
Cependant, cela ne veut pas dire que tous ces produits sont inutiles. Le bicarbonate de sodium peut servir à augmenter le TAC, ou alcalinité totale, lorsque celui-ci est insuffisant. Or un TAC correctement réglé contribue à limiter les variations brutales du pH. La Pool & Hot Tub Alliance recommande précisément le bicarbonate de sodium pour augmenter l’alcalinité de l’eau.
Il ne faut donc pas considérer le bicarbonate comme un anti-algues. Son rôle consiste avant tout à corriger un paramètre de l’eau lorsque les mesures montrent que cela est nécessaire.
Le vinaigre peut quant à lui acidifier l’eau, mais son utilisation dans plusieurs dizaines de mètres cubes reste difficile à maîtriser avec précision. Il est donc préférable d’utiliser un correcteur de pH prévu pour la piscine plutôt que de verser plusieurs litres de vinaigre au hasard.
Même constat avec le sel. Ajouter du gros sel directement dans une piscine ne transforme pas le bassin en piscine au sel. L’électrolyseur est indispensable, puisqu’il transforme le sel présent dans l’eau afin de produire du chlore.
Les remèdes de grand-mère peuvent éventuellement aider à corriger certains paramètres, mais ils ne constituent pas des algicides miracles. Lorsqu’une prolifération est réellement installée, c’est l’ensemble du protocole qui permet de récupérer l’eau.
Le plan d’attaque pour retrouver une piscine claire
Rien ne remplace une action structurée quand le vert s’impose. Pool Planet recommande notamment de commencer par analyser l’eau, de corriger son équilibre, puis d’associer traitement choc, nettoyage mécanique et filtration prolongée.

Voici les principales étapes :
- Analysez et ajustez le pH en premier, en respectant la plage recommandée pour votre traitement. Avant un traitement choc, on cherche généralement à revenir vers une eau légèrement inférieure au milieu de la plage habituelle afin de favoriser l’action du chlore.
- Contrôlez également le TAC. Si celui-ci est trop faible, le pH peut devenir difficile à stabiliser.
- Procédez ensuite au traitement choc correspondant à votre système de désinfection. Le dosage ne doit pas être considéré comme universel : la concentration varie d’un produit à l’autre. Respectez donc la quantité indiquée par le fabricant en fonction du volume du bassin.
- Brossez toutes les surfaces pour décrocher les algues accrochées au fond, aux parois, dans les angles et autour de la ligne d’eau.
- Lancez la filtration en continu pendant la phase de récupération et surveillez régulièrement l’état du filtre. Pool Planet recommande couramment 24 à 48 heures de filtration après un traitement choc, voire davantage lorsque l’eau était très verte.
- Ajoutez floculant ou clarifiant si nécessaire, en tenant compte du type de filtre, afin de faciliter l’élimination des très fines particules restant en suspension.
En cas de contamination sévère ou d’algues moutarde, évitez en revanche d’improviser un surdosage ou de maintenir arbitrairement une concentration élevée de chlore pendant plusieurs jours. Ces algues peuvent demander un protocole spécifique : suivez les recommandations du produit utilisé ou demandez conseil à un pisciniste.
Un autre paramètre à vérifier : le stabilisant du chlore
Si votre piscine reste verte alors que le pH semble correct et que vous avez déjà ajouté du chlore, il reste un paramètre souvent oublié : le stabilisant, également appelé acide cyanurique.
Son rôle est utile. Dans une piscine extérieure, il protège le chlore contre sa dégradation sous l’effet des rayons UV. Bayrol, spécialiste reconnu du traitement de l’eau des piscines, recommande d’ailleurs de contrôler régulièrement cette teneur et explique que le stabilisant protège le chlore contre le soleil.
Mais ce bouclier peut devenir contre-productif lorsqu’il s’accumule en excès.
Le CDC distingue ainsi les piscines utilisant de l’acide cyanurique ou des produits chlorés stabilisés comme le dichlore et le trichlore : dans ce cas, il recommande une concentration minimale de chlore plus élevée que lorsque le bassin n’utilise pas de stabilisant.
En France, la réglementation applicable aux piscines collectives prend également ce paramètre très au sérieux : elle fixe une limite de qualité à 75 mg/L d’acide isocyanurique et prévoit des concentrations de chlore différentes lorsque celui-ci est présent. Ces valeurs réglementaires ne sont pas à transposer comme des obligations aux piscines privées, mais elles illustrent parfaitement l’importance du stabilisant dans l’efficacité réelle du traitement.
Autrement dit, si vous utilisez régulièrement des galets ou granulés contenant du stabilisant, mesurer uniquement le pH et le chlore ne suffit pas toujours. Pensez aussi à contrôler le taux d’acide cyanurique. Lorsqu’il devient excessif, un renouvellement partiel de l’eau peut être nécessaire pour faire redescendre sa concentration.
Prévenir plutôt que guérir : comment éviter le retour des algues ?

On dit souvent qu’un gramme de prévention vaut une tonne de correction. Dans le monde de la piscine, c’est particulièrement vrai ! Quelques habitudes simples font barrière aux invasions algales permanentes.
D’abord, vérifiez régulièrement votre pH, votre taux de désinfectant et, lorsque vous utilisez du chlore stabilisé, le taux de stabilisant. La vigilance doit être renforcée après un orage, une canicule, une forte fréquentation ou une longue période sans entretien.
N’hésitez pas non plus à nettoyer régulièrement le filtre : plus il fonctionne correctement, plus l’élimination des particules et des débris est efficace.
Les piscines équipées d’un système automatique, comme un régulateur de pH ou un électrolyseur au sel, facilitent cette surveillance. Elles ne dispensent pas de tester l’eau, mais elles permettent de limiter certaines variations importantes entre deux contrôles.
Pour finir, brossez régulièrement les zones où la circulation de l’eau est moins importante et retirez rapidement feuilles et matières organiques. Une eau correctement équilibrée, désinfectée et filtrée laisse beaucoup moins de marge aux algues pour s’installer.
En appliquant ce protocole, on stoppe non seulement la crise actuelle, mais on réussit aussi à éviter une bonne partie des récidives, année après année. Plutôt que craindre chaque printemps, pourquoi ne pas transformer ces petits incidents en parenthèses gérables ? Préparez vos outils, surveillez vos paramètres et gardez votre eau limpide, car au fond, un bassin correctement entretenu laisse beaucoup moins de chances aux algues opportunistes.